Il y a des voix que l’on perd bien avant de savoir qu’elles nous appartiennent.
Dans la forêt du Petit Buddha Vert, Penny connaît bien ces silences-là.
Gardienne du chakra de la gorge, notre geai bleu n’écoute pas seulement les mots que l’on prononce. Elle prête aussi attention à ceux que l’on ravale, aux émotions que l’on retient, aux « non » que l’on n’ose pas dire, aux rêves que l’on cache et à toutes ces petites vérités que l’on a appris à taire.
Car s’exprimer devrait être un droit de naissance.
Et pourtant, dès la naissance, l’expression dérange.
Le pleur est le premier moyen dont dispose un nouveau-né pour communiquer un inconfort, une peur, une faim, un besoin vital. Pourtant, même ces pleurs peuvent être jugés.
Combien de parents ont entendu qu’il ne fallait pas prendre leur bébé immédiatement dans leurs bras?
Qu’il fallait le laisser pleurer.
Parce que « c’est comme ça qu’on a toujours fait ».
Parce que « ça forge le caractère ».
Parce que « nous, on n’en est pas morts ».
Puis l’enfant grandit.
Il joue bruyamment. Il rit. Il crie. Il court. Il pleure. Il se fâche.
Et peu à peu, il apprend quand il peut faire du bruit… et surtout quand il doit se taire.
À l’école, il faut lever la main, attendre son tour, parler au bon moment, de la bonne manière et avec le bon ton.
Plus tard, au travail, exprimer une opinion qui dérange, contester une décision ou simplement dire que quelque chose ne nous convient pas peut devenir risqué.
Et puis il y a la famille. La tribu. Parfois même le cercle amical.
Des opinions, des carrières, des façons de vivre, des croyances politiques ou religieuses peuvent être tacitement attendues.
Certaines familles laissent beaucoup de place à la différence. D’autres beaucoup moins.
Dans certains milieux, sortir du rang signifie être jugé, rejeté ou exclu. Et dans les situations les plus extrêmes, cette rupture avec les normes familiales ou communautaires peut avoir des conséquences terribles.
Alors, enfant, que faisons-nous?
Nous nous adaptons.
Parce que nous dépendons des adultes qui nous entourent.
Leur amour, leur protection et leur approbation représentent notre monde entier.
Alors nous apprenons à taire certains désirs.
Certains rêves.
Certaines émotions.
Certaines opinions.
Par peur d’être abandonné.
Par peur d’être ridicule.
Par peur de décevoir.
Par peur de ne plus correspondre à ce que l’on attend de nous.
Nous nous conformons.
Pas nécessairement parce que quelqu’un cherche consciemment à nous éteindre. Souvent, ceux qui nous transmettent ces règles les ont eux-mêmes reçues avant nous.
« C’est la vie. »
« Il faut être raisonnable. »
« Ça ne se fait pas. »
« Qu’est-ce que les autres vont penser? »
« On ne peut pas toujours faire ce qu’on veut. »
Et à force de rentrer dans le rang, quelque chose peut devenir très silencieux à l’intérieur.
Notre propre voix.
Pas celle qui répète ce que nous avons appris.
Pas celle qui cherche constamment l’approbation.
Pas celle qui nous raconte tout ce que nous devrions être.
Une voix beaucoup plus discrète.
Celle qui sait ce que nous aimons.
Ce qui nous blesse.
Ce que nous ne voulons plus.
Ce qui nous émerveille.
Ce que nous désirons créer.
Ce qui nous ressemble réellement.
Retrouver cette voix demande du courage.
Et du temps.
Parce qu’il ne suffit pas de décider un matin : « À partir d’aujourd’hui, je serai moi-même. »
Encore faut-il découvrir ce qui est réellement à nous.
Quelles croyances ai-je choisies?
Lesquelles ai-je héritées?
Est-ce vraiment mon opinion?
Est-ce réellement ce que je veux?
Ou ai-je tellement appris à répondre aux attentes des autres que je ne sais plus très bien où leur voix se termine… et où commence la mienne?
Pour commencer à démêler cet écheveau, deux alliés me semblent précieux : le corps et l’intuition.
Le corps parle énormément.
Il se contracte.
Il respire différemment.
Il se noue.
Il s’agite.
Il se détend.
Il s’ouvre.
Et l’intuition, elle, ne fait pas toujours de grands discours. Parfois, elle ne produit qu’un minuscule mouvement intérieur.
Un oui.
Un non.
Un « pas maintenant ».
Un « va voir par là ».
Encore faut-il retrouver suffisamment de silence pour l’entendre.
Et Penny, dans tout cela?
Dans le Sentier des chakras du Petit Buddha Vert, Penny veille sur le chakra de la gorge.
L’expression sous toutes ses formes y trouve sa place : la parole, bien sûr, mais aussi les émotions, le ressenti, la créativité, les mouvements du corps et toutes les façons dont quelque chose de profondément vivant cherche à passer de l’intérieur vers l’extérieur.
Lorsque cette expression a été contenue pendant des années, retrouver sa voix n’est pas nécessairement confortable.
Il peut y avoir des avancées et des reculs.
Des jours où l’on ose enfin dire ce que l’on pense.
Et d’autres où l’ancien réflexe revient immédiatement :
Tais-toi.
Ne dérange pas.
Ne déçois personne.
Reste à ta place.
La peur revient.
Mais le chemin n’est peut-être pas de la faire disparaître.
La peur aussi a une voix.
Pendant longtemps, elle nous a protégés. Elle nous a aidés à nous adapter à notre environnement, à éviter le rejet, à préserver des liens dont nous dépendions.
Alors peut-être pouvons-nous cesser de la combattre un instant.
L’accueillir.
L’écouter.
La remercier pour ce qu’elle a essayé de faire.
Et lui rappeler doucement que nous avons grandi.
Que nous pouvons désormais apprendre à choisir.
À dire oui.
À dire non.
À changer d’avis.
À rire trop fort parfois.
À pleurer.
À créer quelque chose que personne autour de nous ne comprend.
À prendre une route qui n’était pas prévue.
À retrouver, petit à petit, cette voix qui était là depuis le début.
Dans la forêt, Penny ne vous demandera jamais de crier plus fort que les autres.
Elle vous invitera simplement à écouter suffisamment longtemps pour reconnaître votre propre chant parmi toutes les voix qui vous ont appris comment vous deviez vivre.
Et peut-être qu’un jour, quelque part entre deux branches, vous l’entendrez enfin.
Votre voix.
Pas parfaite.
Pas toujours assurée.
Mais profondément vôtre.

Laisser un commentaire